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Teacher Newsmagazine Volume 16, Number 6, May/June 2004

La motivation scolaire : l’affaire de tout le monde

Pourquoi certains élèves sont-ils enthousiasmés par une activité tandis que d’autres rechignent constamment, peu importe ce qu’on leur propose ? Pourquoi certains élèves quittent-ils le programme d’immersion en arrivant au secondaire ou abandonnent-ils le français de base après la 8e année ? Que répondre aux parents qui nous demandent de les aider à trouver des façons de retenir leurs jeunes dans ces programmes et de les garder aussi enthousiastes qu’ils l’étaient au début ? Pour essayer de comprendre le phénomène d’abandon de programme, il faut d’abord définir cette variable qu’est la motivation.

On sait tous qu’un enfant doit être motivé pour apprendre, mais la motivation ne suffit pas à elle-même. L’enfant doit aussi avoir les capacités d’apprendre. Par le passé, les chercheurs mesuraient l’effet de la motivation sur l’apprentissage par la persévérance des élèves. Plus un élève était motivé, plus il consacrait de temps à ses travaux et meilleurs étaient ses résultats. De nouvelles recherches concluent maintenant que l’engagement cognitif est un autre facteur de premier plan ; en d’autres mots, un élève motivé est non seulement persévérant mais utilise des stratégies efficaces pour arriver à comprendre.

Les chercheurs contemporains reconnaissent que la motivation est un phénomène intrinsèque et que l’intensité de la motivation de l’élève dépend du milieu d’apprentissage. Cette motivation est influencée aussi par l’idée que l’élève se fait de l’intelligence et les buts qu’il se fixe. Ce qui est autant significatif, c’est la perception qu’il a de l’importance de l’activité à accomplir, de sa compétence à réussir la tâche et du degré de contrôle que l’enseignant lui accorde pour mener à terme le travail.

Les chercheurs qui ont une orientation sociocognitive jugent que la motivation n’est pas innée. D’après leurs recherches, la motivation se modifie selon les perceptions qu’une personne a d’elle-même, le milieu dans lequel elle vit et les événements qui surviennent. Si on transpose ce constat en milieu scolaire, on conclut que la motivation de l’élève se modifie au gré des perceptions qu’il a de ses expériences en classe et à l’école.

Toutes ces recherches ne font que réaffirmer la valeur de l’auto-évaluation. Vers l’âge de 3 ans, l’enfant devient conscient de ses succès et de ses échecs. À la maternelle, il se perçoit comme étant bon, moins bon ou pas bon du tout et, en général, a tendance à se surestimer. Son jugement, toutefois, s’aligne assez rapidement au primaire avec celui de ses enseignants ou de ses parents, et à la fin de l’élémentaire le jeune tend plutôt à se sous-estimer, une inclination qui se maintient au secondaire. Ces mêmes recherches indiquent aussi, qu’au secondaire, le jeune est porté à s’évaluer en fonction des matières à l’étude. Il se juge bon en science mais mauvais en français.

Cette baisse au niveau de l’estime de soi au secondaire s’explique en partie par les changements physiologiques et physiques qui se produisent chez le jeune. À ceci s’ajoute le manque de cohésion entre les besoins de l’adolescent et ce que les secondaires offrent. Les études révèlent que les ados ont besoin d’appartenir à un groupe, recherchent leur propre identité et ont besoin d’autonomie envers les adultes. Regardez le fonctionnement des secondaires : on y trouve des adultes qui contrôlent, une atmosphère de compétition en classe et sur le terrain de sport et une programmation scolaire qui mise encore beaucoup trop sur les connaissances plutôt que les habiletés.

En sus aux facteurs humains qui influent sur la motivation, il y a des facteurs environnementaux à considérer. Le rôle du milieu familial est crucial. Les parents doivent avoir des attentes et des exigences élevées, mais celles-ci doivent refléter les habiletés et les capacités de leur enfant. Ce dernier doit sentir la confiance des adultes autour de lui et être assuré d’un appui soutenu de la part de sa famille. Les parents doivent saisir les occasions qui leur permettent de devenir des apprenants afin de modeler les comportements qui mènent à la réussite. Ce qu’il faut à tout prix éviter, ce sont les comportements négatifs et les commentaires anodins à l’égard des enseignants et de l’école. Enfin, la culture de l’école est un autre élément environnemental qui a un impact sur la motivation. Une institution qui mise sur l’apprentissage coopératif, l’entraide, le respect de soi et des autres favorise plus la motivation qu’une école qui souligne la compétition et le rendement scolaire.

Dans cet enjeu de la motivation, quel est l’impact du comportement de l’enseignant ? Recherche après recherche, les données confirment que les activités pédagogiques, l’évaluation, le système de récompenses et de sanctions et l’enseignant lui-même sont des facteurs influents. Les activités pédagogiques motivantes correspondent aux intérêts des jeunes, proposent un défi, ont des consignes clairement articulées et permettent de faire des choix. Quant à l’évaluation, celle-ci nuit à la motivation si elle pousse les élèves à se comparer ou à se mettre en compétition et ne valorise que les bons rendements. Par rapport aux récompenses, le débat intellectuel se poursuit et plusieurs chercheurs nous mettent en garde contre l’effet de surjustification. La surjustification se produit lorsque l’élève ne travaille que pour la récompense et non plus pour le plaisir d’apprendre. Pour ce qui est du rôle de l’enseignant, les élèves réagissent positivement à un être chaleureux qui implique la classe dans les décisions de gestion et qui s’occupe de tous les élèves de façon équitable.

La motivation repose souvent sur les perceptions des élèves. Les enseignants peuvent agir pour modifier ces perceptions car ce sont eux qui créent les contextes de travail. Conséquemment, une planification judicieuse des activités qui tient compte des besoins et du potentiel de chaque élève éveillera la motivation intrinsèque de l’apprenant. Des soirées d’information auprès des parents pour expliquer le concept de la motivation et proposer des comportements qui encouragent la motivation contribueront au succès scolaire de leurs enfants. À bien y penser, la motivation scolaire, c’est vraiment ‘l’affaire’ de tous les intervenants.

Synopsis
A number of students drop out of French immersion and FSL often for lack of motivation. By understanding the concept of motivation, teachers can reflect on their teaching and initiate the changes that can improve their students’ motivation. And by helping parents to better grasp the notion of motivation, teachers are building an optimum setting for success.

– Paule Desgroseilliers